[Nylon Ganbare] Numéro 24

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Nylon Ganbare

Cette semaine, Nylon Ganbare, la rubrique cousue de fil blanc, va vous émerveiller. Sous réserve que l’émerveillement soit chez vous synonyme d’épouvante. La rubrique a un petit côté Tim Burton, parfois. Après des heures de feuilletage d’anciens catalogues, de navigation à travers des sites de vente de maillots en ligne et quelques jours de thérapie, la rédaction a établi pour vous un Top 10, ou plutôt un Flop 10 (mes excuses à notre mascotte) des tuniques japonaises les plus improbables.

Pour des raisons de place, nous ne considéreront pas les uniformes utilisés en championnat en 1993 : les clubs n’avaient pas le choix de l’équipementier et ont du jouer au maximum quatre ans avec ce que la ligue et Mizuno leur ont imposé. Non parce que sinon, faire le Flop 10 aurait été rapide. On préfèrera sélectionner des spécimens que les clubs ont choisis et utilisés de leur plein gré, en toute connaissance de cause, en leur âme et conscience, ainsi qu’un tas d’autres expressions qui veulent dire la même chose.

10. Thespa Kusatsu 2010 (prononcez Cetzpa)

Des associations de couleurs originales, ça ne sauve pas tout. Surtout quand le maillot est conçu par A-Line, spécialiste du design à base de parpaing. Transitions très subtiles entre le corps et les manches… Transitions tout aussi fines entre les épaules et le torse… Deux rayures qui compensent leur sous-nombre et leur isolement par une volonté de prendre toute la place qui leur est offerte. C’est bien simple, chaque élément du maillot a l’air de vouloir foutre dehors tout le reste. On dirait un rubicube défait, en fait ! Heureusement, le club a corrigé le tir depuis. Quoi que… pas trop, à bien y réfléchir.

9. Yokohama Marinos 1997

1997 est une année qui a fait très mal au football japonais. Du côté des Marinos, on a apparemment voulu anticiper un retour des bretelles sur le devant de la scène de la mode. Quel dommage que la direction et les designers aient eu autant de flair qu’Alain Roche. Le passage inexpliqué entre des bandes bicolores et les trois bandes propres à la marque est l’un des plus grands mystères de la fin du siècle dernier, surtout qu’elles longent déjà les deux manches. Du coup, on a un peu l’impression que les copains de chez Adidas ne savaient pas quoi mettre au milieu, et se sont dit que comme ils avaient toujours les trois bandes comme solution de rechange pour les manches, ça marcherait aussi pour le reste. Ben non. Mention spéciale au maillot de gardien, dont Jules César lui-même n’aurait pas voulu comme tapis de salle de bain.

8. Shonan Bellmare 2011

Coupe carrée, col dans le plus pur style Jacquouille, diagonale coupée en plein milieu par un carré. Ouaip, c’est du A-Line. Lorsque ce maillot a été présenté début 2011, certains supporters ont cru à un sweatshirt d’entraînement tant il avait l’air épais et flottant, surtout en manches longues. Mais non, le sens de l’humour si particulier qui caractérise A-Line les a poussés à faire évoluer les joueurs là-dedans lors des matchs. Des matchs officiels, et tout ! D’ailleurs, comme il a tout pour plaire, l’équipe n’a pas réussi à monter en première division à l’issue de la saison 2011. De toute manière, même en finissant dans les trois premiers, je pense que la ligue aurait mis un véto cinglant à la montée. Question d’éthique.

7. FC Gifu 2010

Un beau jour de printemps, la nature espiègle et primesautière de ma chienne lui dicta de manger successivement, et en l’espace de quelques minutes, du pissenlit et de l’herbe. Son organisme faisant son office, le tout se mélangea. Puis, un peu plus tard dans la journée et après un léger refus de la part de sa douane interne, il entreprit de faire le chemin inverse. Je vous le donne en mille : ma chienne vomit. Et bien ça vous étonnera peut-être, mais le mélange immonde qui s’étala alors par terre présenta, après un brève observation, de troublantes similitudes avec le maillot que vous voyez à côté. En sachant qu’on trouve aussi des chiens, de l’herbe et des pissenlits au Japon, tous les doutes sont permis quant à savoir d’où est venue l’inspiration des employés de chez Mizuno chargés de s’occuper de Gifu.

6. Avispa Fukuoka 1997

Rendons hommage à l’ingéniosité du designer à l’origine de ce maillot : lorsqu’il se vendait en magasin, il n’y avait pas besoin d’apposer un code barre sur l’étiquette, on bipait directement le tissu. Mais cela n’était pas sans conséquence : la multiplicité des couleurs utilisées, comptant celles des sponsors, des logos et des numéros, noyait un peu celles qui représentaient vraiment l’équipe. Et surtout, depuis les gradins, un tel motif laissait apparaître aux yeux des spectateurs une sorte de bouillie bleuâtre, tant la finesse des rayures devenait rapidement difficile à distinguer au fur et à mesure que l’on s’éloignait du maillot. Une intention un peu maladroite pour une exécution mal jaugée.

5. Vissel Kobe 1997

Alors que les utilisateurs d’ordinateurs du monde entier se familiarisaient chaque jour un petit peu plus avec l’internet, le Vissel Kobe a estimé, pour sa part, que la mode de l’informatique pouvait aussi influencer le design textile. Dans la façon de procéder et de fabriquer les vêtements, c’est une évidence. Mais s’en inspirer pour réaliser des motifs de maillots, c’est nettement moins sûr. Ça n’aura malheureusement pas empêché les joueurs de se montrer pendant une saison habillés de (gros) pixels… Adidas aura au moins réussi à limiter les frais de teinture en utilisant ce prétexte pas trop subtil pour ne pas remplir les rayures noires jusqu’en bas du maillot. C’est rentable de vivre avec son temps.

4. Verdy Kawasaki 1996

Et oui, et oui bande de canaillous, vous le reconnaissez (si vous suivez cette rubrique depuis quelques temps), c’est notre ami le maillot routier ! Celui qui s’est fait rouler dessus par un douze tonnes ! Il rend ainsi un vibrant hommage à tous les chats, hérissons, faons et autres escargots qui ont subi le même sort que lui. Deuil et analogie au goudron obligent, la présence de noir est abondante alors qu’elle n’a pas vraiment de rapport avec la tradition du club. Coïncidence amusante, sauf pour les supporters : c’est en portant ce maillot que l’équipe a coulé en termes de niveau de jeu et de résultats. Bref, ce truc sent la mort et vous ne devez pas laisser vos enfants l’approcher.

3. Kyoto Purple Sanga 1997

Les bretelles ont eu un sacré regain de popularité en cette saison 1997. Enfin, c’est ce que s’imaginaient les équipementiers sportifs, ce qui paraît saugrenu, vu comme ça. De plus, on parle ici de Umbro, de ses silhouettes (très) amples, de ses matériaux directement recyclés des sacs de pommes de terre, et de ses envies d’intégrer des détails inutiles et maladroitement placés. Dans notre cas, c’est le nom du club qui revient partout, en travers et en deux mille exemplaires dans les bretelles, ainsi qu’en plus gros, au niveau du… bas ventre. Au passage, selon la lumière, le violet tire presque sur le rose, ce qui n’arrange rien.

2. Nagoya Grampus Eight 1998

En regardant ce maillot, on s’imagine facilement celui qui l’a créé s’écrier : « Il est vivant ! », contemplant son œuvre dans l’atmosphère glauque et humide de son atelier Le Coq Sportif. Sincèrement, le maillot a tout d’une expérience qui a mal tourné. Quatre couleurs se battent pour savoir qui aura le beau rôle, dont trois en quantité à peu près égale : le rouge, le jaune et le blanc. Que voulez-vous que l’arbitre écrive sur son rapport, à la case « couleur de l’équipe » ? Le motif en rayures verticales n’est pas ce qu’il y a de plus affreux mais les couleurs n’aident pas, et surtout, il est chevauché d’une surbrillance beaucoup moins orthogonale, composée de runes mystiques (sans doute les incantations ayant permis d’amener cette tenue dans le monde des vivants), arrangées en cercles, ce qui clashe légèrement avec la multitude de lignes droites colorées. Franc succès le 31 octobre, cela dit.

1. Kashima Antlers 1997

La CIA recherche toujours les petits gars de chez Umbro qui ont pondu ce machin. Motif ? Tentative d’attentat, tout simplement. Ce maillot – car si on essaye d’y regarder d’un peu plus près en plissant les yeux, on s’aperçoit que c’en est un – avait le pouvoir destructeur de provoquer de violentes crises d’épilepsie lorsqu’il était simultanément porté par onze joueurs et mis en mouvement dans un périmètre restreint. Les couleurs criardes, le tissu digne d’une housse de couette, le motif à base de mosaïque de mots « ANTLERS » superposés à la manière d’une victoire au jeu Freecell, la devise du club au niveau de l’entrejambe… on avait vraiment affaire à des dégénérés. Des associations sanitaires se demandent encore aujourd’hui comment la ligue a pu autoriser sa libre circulation pendant toute une année. Toujours est-il que l’année suivante, les Antlers ont changé d’équipementier.

Certes, en vingt saisons, tout n’a pas été beau et rose (façon de parler), mais comme le dit l’adage, c’est forgeant qu’on devient fort girond. Le seul souci, c’est que certains n’apprennent rien des erreurs passées. Et le supporter nippon de ressentir, à l’approche du mois de février, le frisson d’une angoisse justifiée lui parcourir l’échine. Mais cela fait partie du charme si particulier du supportariat, au final, et même si certains spécimens font le même effet que les oignons, il vaut mieux en rire qu’en pleurer.

Le mot du jour : SURNOM

En vogue dans plusieurs sports, et surtout au Brésil en ce qui concerne le football, les surnoms sont apparus sur les maillots pour éviter des flocages allant jusqu’aux coudes. Le Japon étant un grand admirateur du football brésilien, certaines vedettes locales ont commencé à afficher sur leur maillot leur surnom plutôt que leur vrai nom. L’exemple le plus célèbre aujourd’hui est sans doute celui de Yuji Nakazawa, surnommé « Bomber » du fait de sa large coupe de cheveux et de ses têtes explosives.

Depuis quelques années, le phénomène s’est largement démocratisé au pays du soleil levant, et bon nombre de joueurs choisissent aujourd’hui de floquer leur prénom plutôt que leur nom de famille, emboîtant le pas à Shinji Ono qui lors de son retour aux Red Diamonds, en 2006, porta un maillot simplement floqué au nom de « Shinji ».

Emploi du terme dans la vie de tous les jours : « Peut-on faire plus horrible que le maillot des Antlers de 1997 ? Ce n’est pas sûr, non.« 

A bientôt les enfants !

Nylon Ganbare

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