[Nylon Ganbare] Numéro 19

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Nylon Ganbare

Cela fait un moment que le football japonais s’est fait connaître, mais pourtant, il reste difficile de trouver des maillots japonais dans les magasins étrangers. Quand c’est le cas, ceux-ci se vendent à des prix qui, à nos yeux, sont beaucoup trop élevés. Et l’on se prend à rêver que l’on pourrait un jour vivre là-bas et s’en procurer au même prix que les autochtones, au coin de sa rue. Seulement, que vaut-il, le prix que les autochtones mettent pour afficher leurs couleurs dans les tribunes chaque saison ? Surtout, que représente t-il pour nous, qui sommes habitués à nous plaindre, et à raison, de replicas à 80 euros ? Nylon Ganbare, la rubrique qui n’est pas fabriquée en usine, vous propose cette semaine de jeter un œil, en prenant soin de le ramasser ensuite, aux diverses situations auxquelles les supporters japonais font généralement face (sur les images, les prix sont en rouge).

Le « niveau » du maillot

En réalité, les situations sont similaires à celles que l’on trouve dans reste du monde. Le prix dépendra déjà du niveau du maillot, à savoir, si il s’agit d’un replica ou d’un authentique maillot de joueur, toutes marques confondues. Ou plutôt, toutes les marques qui déclinent leurs modèles en plusieurs niveaux, confondues. On pense évidemment au Japon lui-même, dont le maillot possède, depuis 2010, trois niveaux : le replica « Climacool », l’authentique « Formotion » et l’authentique « Techfit ».

On constate que le replica coûte traditionnellement un peu plus que 9000 Yens. 9000 Yens équivalent, à l’heure où cette rubrique est écrite, à 68 euros. Mais il y a quelques mois de cela, ils équivalaient à 90 euros. Dans notre devise, cela peut donc valoir plus qu’un replica européen, comme cela peut valoir moins, avec un écart similaire (à peu près 10 euros). On peut se dire qu’en moyenne, ça se vaut. Le « Formotion » vaut traditionnellement dans les 15000 Yens. Cela valait, il y a peu, 150 euros. Aujourd’hui : 113 euros. Chez nous, un « Formotion » vaut généralement 120 euros. Cette fois, on peut se dire que si l’on vivait au Japon, on le paierait en moyenne plus cher qu’en France. Enfin, le « Techfit » vaut toujours 21000 Yens. Cela fluctue donc entre 210 euros et 160 euros. En France, les modèles « Techfit » varient entre 150 et 160 euros. Autant dire qu’on s’en sort bien mieux que si on devait les payer au Japon. Cela dit, gardez en mémoire qu’aucun de ces trois maillots de l’équipe nationale nippone n’est vendu ailleurs qu’au Japon. Mais cette exclusivité n’est pas la cause de prix légèrement plus élevés, loin de là. Ces prix sont des standards pour à peu près toutes les équipes présentant les mêmes critères, là-bas.

L’unicité du niveau

Payer autant pour un maillot aussi immettable, il faut le vouloir.

Chez certaines équipes, cette situation n’existe pas. La raison est simple : le maillot n’est décliné qu’en un seul niveau unique. C’est-à-dire que l’on propose le même maillot, au détail près, aux joueurs et aux supporters. C’est par exemple le cas, en cette saison 2013, du Thespa Kusatsu Gunma, équipé par Finta. Le maillot est vendu, certes avec un flocage inclus (le numéro 12 préposé aux supporters, dans ce pays, par défaut, bien que modifiable sur demande), mais au prix invariable et rond de 15000 Yens (150/113 euros, au-dessus de la centaine quoi qu’il arrive, les fans n’ont pas le choix). Il est d’ailleurs mentionné dans la description que le maillot, même sans flocage, coûtera ce prix. Et il est vendu sous le nom d' »authentique », pour supprimer toute confusion. C’est le même que ceux des joueurs. Fagiano Okayama, également équipé par Finta, se trouve dans la même situation, et son maillot 2013 coûte 14700 Yens.

Asics utilise presque un procédé similaire : les maillots de Sendai et de Kobe vendus au public, sont bien des replicas, mais ne diffèrent des authentiques que par une coupe un peu plus ample, et des sponsors en moins (manches et dos). Étant donné qu’il n’y a à priori pas d’autres différences, le prix est assez élevé, même pour un replica : les deux tournent autour des 15000 Yens également. Hummel et A-Line sont aussi coutumiers du fait avec, respectivement, le Yokohama FC et Gainare Tottori, et le FC Ryukyu, dont le prix des seuls maillots du commerce peut atteindre 16000 Yens (160/121 euros). Une situation similaire passerait plutôt mal dans notre pays, je pense.

La marque

Replica et authentique, ça marche pareil chez Nike.

Comme on peut le voir, cela dépend surtout de l’équipementier. Et effectivement, pour des niveaux de maillots identiques, on trouve des différences de prix entre les marques qui les conçoivent. Par exemple, Nike vend ses replicas en plastique recyclé au prix régulier de 10395 Yens (103/78 euros). Un peu plus cher que chez nous et pourtant, croyez-moi, quand on a le maillot en main, on se sent un peu lésé. On sent bien que c’est recyclé. On constate en tout cas que c’est un peu plus cher que les maillots de chez Adidas, qui utilise le même tissu depuis presque dix ans, également très léger et qui finit par paraître aussi un peu cheap. Ça ne vous étonnera donc pas d’apprendre que les maillots de ces deux marques sont les moins chers du marché nippon, si l’on excepte Le Coq Sportif qui produit des replicas au design plus ou moins éloigné du maillot des joueurs, et qui les vend aux alentours de 8000 Yens (80/60 euros). Selon moi, ça ne les vaut pas.

Au-dessus, on trouve à peu près toutes les autres marques qui font la différence entre les replicas et les authentiques. Puma, Kappa, Yonex… leurs replicas sont vendus autour de 13000 Yens en moyenne (130/98 euros). La qualité du tissu et la finition peuvent justifier cet écart. Pour Puma par exemple, bien que les replicas et les authentiques existent, ils partagent le même matériau. Ils semblent même avoir une coupe similaire. Les différences ne sont jamais très évidentes lorsqu’il s’agit de Puma. Mais une fois de plus, c’est peut-être, justement, cette proximité avec le modèle des joueurs qui explique un prix autour de 13000 Yens. Un peu comme Asics, en somme.

Le design du replica est assez épuré…

Deux marques en particulier font figure d’exception au Japon : Le Coq Sportif et Umbro. La première fait, comme on l’a vu, des replicas volontairement tronqués et vendus à un prix plus bas que la moyenne, et des authentiques au prix cette fois plus élevé que la moyenne (qui se situe vers 15000 Yens, les « Techfit » ne comptent pas). Depuis la saison 2011, le maillot authentique du Nagoya Grampus se vend 16380 Yens (163/128 euros). Les fans n’hésitent pas, de ce fait, à piocher généreusement dans les modèles à 8000 Yens.

Différences très peu visibles si on ne voit pas les maillots en personne.

La seconde exception, Umbro, s’est fait remarquer en 2011 en sortant, pour le Gamba Osaka, un maillot authentique utilisant, à l’instar des « Techfit », quelques bandes en TPU. Son prix était de 26250 Yens (262/198 euros !), et c’est depuis devenu une tradition. Certes, quasiment tout est différent entre le replica et l’authentique en termes de composition de logos (imprimés ou brodés et cousus), de matériaux, de coupe, et même un peu de design au bout des manches, mais le prix peut quand même paraître hallucinant. La rédaction de Nylon Ganbare a acquis le modèle 2012 authentique, pour dissection, et peut vous dire que ce n’est pas non plus une combinaison de la NASA, même si il est très confortable, c’est certain. Le simple replica, qui comme ceux de chez Le Coq, possède un prix relativement bas (9975 Yens) et des différences de design, semble satisfaire la plupart des supporters.

La longueur des manches

2100 Yens d’écart, l’hiver sera rude.

Un autre facteur évident qui altère le prix des maillots et que l’on trouve à peu près partout dans le monde, est la longueur des manches dudit maillot. L’écart de prix entre un maillot à manches courtes et un maillot à manches longues avoisine, en France, les 5 euros, et peut aller jusqu’à 10 euros dans certains cas. Au Japon, cet écart dépend aussi de l’équipementier, mais reste généralement autour des 2000 Yens (20/15 euros). C’est donc beaucoup plus que chez nous ! L’avantage, c’est que les marques les plus développées (Nike et Adidas, principalement) proposent systématiquement le replica à manches longues au Japon. En France, ça reste assez rare, et réservé aux grosses équipes.

Le flocage

4700 Yens la plaque de plastique…

De la même façon que les manches, l’ajout d’un flocage au maillot augmente le prix. Mais plus significativement au Japon. Vous trouvez qu’un set « nom + numéro » à 15 ou 18 euros est une escroquerie ? Sachez qu’au pays du soleil levant, cela se situe la plupart du temps vers les 5000 Yens (50/37 euros) ! Alors oui, toutes les équipes japonaises affichent un numéro sur le devant du maillot, et c’est un numéro en plus à floquer. Mais de là à quasiment tripler le prix « français »… on a du mal à trouver une explication. Oldguy, notre enquêteur occasionnel et exclusif, a relaté à la rédaction une expérience personnelle qui l’a confronté à un prix avoisinant les 7000 Yens, pour un maillot de l’Allemagne. L’Allemagne utilise un flocage Adidas « générique » noir, qui devrait être assez facile à obtenir pour les magasins nippons, vu que la marque allemande est partenaire avec la fédération. Très étonnant, donc ! De ce côté-là, croyez-moi, on s’en sort bien en France, même si la technique de thermocollage semble être plus maîtrisée au Japon qu’en France actuellement (les flocages tiennent plus longtemps, quoi).

La limite de l’édition

Dix ans d’écart, même combat.

Des cas particuliers existent, qui outrepassent un peu tous les critères mentionnés précédemment : les maillots évènementiels. Ceux-ci, généralement utilisés pour un seul match par l’équipe, sont produits en petites quantités, et leur prix peut facilement s’envoler lors de la revente. Le maillot anniversaire du Jubilo Iwata sorti en 2003 au prix régulier de 12390, puis 9912 Yens, se revend aujourd’hui dans les 50000 Yens (500/378 euros) ! L’histoire se répète et le maillot anniversaire des vingt ans du club, sorti en 2013 et vendu au même prix que les maillots domicile et extérieur, soit 13440 Yens (134/101 euros), se revend déjà entre 20000 et 30000 Yens (200/151 euros et 300/227 euros) ! Et cela sans considération aucune du fait qu’il s’agisse d’un replica à manches courtes non floqué. C’est dire.

Le rappel qui rétablit l’équilibre

Un privilège.

Pour conclure, rappelons tout de même que les maillots de J.League sont toujours vendus avec le badge officiel du championnat, et la plupart des sponsors des clubs, ce qui n’est pas le cas ailleurs dans le monde, et coûte généralement un gros supplément au client pour arriver à un résultat similaire. En France, le tarif qui revient souvent est de 5 ou 6 euros par badge ou sponsor ! L’addition peut vite atteindre la vingtaine, voire la trentaine d’euros selon les clubs ! En résumé, les prix des manches et des flocages, plus élevés au Japon qu’en France, peuvent être compensés par la présence de tous les badges et sponsors sur la plupart des maillots, sans hausse de prix. Pour le reste, les situations sont assez équivalentes sauf pour les équipes qui ne proposent que des authentiques assez chers, ce qui n’est jamais le cas chez nous. Un statu quo, qui ne saurait trouver de déséquilibre que dans les fluctuations monétaires. Mais ça, vous vous en doutez !

Le mot du jour : ECHARPE

Il ne s’agit pas de l’accessoire en laine que l’on s’enroule autour du cou, mais du design souvent utilisé sur des maillots de football. Le « sash« , en anglais, correspond à une large bande diagonale traversant l’avant du maillot, et qui contraste avec la couleur de base de celui-ci.

C’est un élément de design qui a fait l’histoire de certaines équipes comme River Plate ou le Pérou, mais qui a la fâcheuse tendance à apparaître un peu trop souvent sur les maillots des équipes qui ne l’utilisent pourtant pas comme motif traditionnel. De ce fait, il se voit, petit à petit, associer l’image d’un design « bouche-trou », utilisé lorsqu’un manque d’imagination se fait ressentir. Chelsea, Niigata et Wolfsburg en sont les dernières victimes.

Emploi du terme dans la vie de tous les jours : « Les charpies sur la pelouse, là, ce sont les restes du dernier tacle d’Okubo ?« 

A bientôt les enfants !

Nylon Ganbare

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