Keisuke Honda au Milan AC : saison 2

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Honda, toujours numéro 10 dans la team du Milan !

Il y a un peu plus d’un an, Nippon Ganbare avait assisté à une prestation timide d’un Keisuke Honda alors en pleine acclimatation à son nouveau club et au calcio italien. Les statistiques de sa demi-saison se sont avérées tout aussi discrètes : deux buts en seize petits matches. L’excuse de « l’adaptation » passée, qu’en est-il aujourd’hui, à l’issue de sa première saison complète ? La réponse ne pouvait que passer par un retour à San Siro !

Après une série de cinq matches sans victoire, dont trois défaites consécutives, le Milan AC de Filippo Inzaghi doit relancer la machine à gagner dans une rencontre de prestige face à l’AS Roma de Rudi Garcia, qui s’accroche à la 2e place du classement en cette 35ème journée de Serie A. Le club rossonero, quant à lui, pointe à une pénible 10e place, bien loin du titre – toujours monopolisé par la Juventus – et des enjeux européens ; même le troisième tour de qualification pour l’Europa League n’est plus accessible depuis longtemps…Pour les dirigeants et leur entraîneur, le mot d’ordre est de finir avec « dignité », un doux rêve quand on sait que la saison a été constamment émaillée d’incidents multiples et variés (tensions dans le groupe, problèmes disciplinaires, supporters en grève, feuilleton lassant de la vraie-fausse vente du club, etc.).

Le stade, tel qu'il apparaît à la sortie de la toute nouvelle station de métro "San Siro".

Le stade en fin de journée, tel qu’il apparaît à la sortie de la toute nouvelle station de métro « San Siro ».

Et pourtant…Qu’il semble lointain, le début de saison idyllique du Milan, avec sa victoire dans le trophée TIM et sa quatrième place en championnat fin octobre. Un succès auquel n’est pas étranger Keisuke Honda, auteur de six buts (dont un magnifique coup franc direct) et deux passes décisives en à peine une dizaine de rencontres : de quoi faire enfin taire les critiques sur ses véritables qualités. Mais voilà, les belles promesses milanaises, portées par le buteur français Jérémy Ménez, ne vont malheureusement pas passer l’hiver…A l’image de son équipe, Honda va sombrer dans le doute et la médiocrité, alignant des prestations décevantes à son retour de la Coupe d’Asie, qui lui fera manquer l’intégralité du mois de janvier 2015 et n’arrangera rien à son physique. De fait, en dépit de son statut de co-meilleur buteur de l’équipe derrière Ménez, le meneur de jeu japonais est toujours perçu de la même façon par les supporters : négativement, principalement à cause de son manque d’explosivité dans son éternel couloir droit en attaque. Malgré tout, Honda conserve la confiance de son entraîneur, qui apprécie son attitude nippone de « salaryman du football » ainsi que son sens du sacrifice dans le jeu.

Honda à l'entraînement avant le match.

Honda à l’échauffement avant le match.

Honda à l'échauffement (2).

Honda à l’échauffement (2).

Pour le match « sans enjeu » (si ce n’est l’honneur) face à la Roma, en ce samedi 9 mai 2015, le Japonais est mis en balance avec Alessio Cerci, son « rival » côté droit, arrivé à l’intersaison. Mais quelques heures avant le coup d’envoi, la nouvelle tombe : Honda sera bel et bien titulaire, l’international italien ayant déclaré forfait à la suite d’une blessure musculaire contractée à l’entraînement ! Une aubaine pour lui, qui revient également de blessure. Et il ne tardera pas à rendre la monnaie de sa pièce à son coach « Pippo » Inzaghi.

San Siro avant le coup d'envoi.

San Siro avant le coup d’envoi : pas vraiment rempli…

Dans un San Siro sonnant toujours aussi « creux » faute d’encouragements de la part des tifosi milanais (35 000 spectateurs à peine), le Milan se présente – déjà – avec son nouveau maillot dans la désormais traditionnelle formation en « trident » de Pippo Inzaghi : un 4-3-3 associant Honda, Bonaventura et l’ancien romain Destro (titularisé en l’absence de Ménez, suspendu) en attaque. Avec plus de 25 degrés au coup d’envoi et un ciel complètement dégagé, c’est une belle soirée de football qui s’annonce.

Le magnifique "poème" de la Curva Sud à l'adresse des dirigeants milanais : "Une saison sans dignité, un stade vide la triste réalité - et maintenant ? De grands champions pour refonder, si sans abonnés vous ne voulez pas rester, ou à l'interphone vous viendrez nous supplier."

Le magnifique « poème » de la Curva Sud à l’adresse des dirigeants milanais avant le début du match : « Une saison sans dignité, un stade vide la triste réalité – et maintenant ? De grands champions pour refonder, si sans abonnés vous ne voulez pas rester, ou à l’interphone vous viendrez nous supplier.« 

Après l’entrée des joueurs, Keisuke paré au combat avec la toute nouvelle tunique du Milan !

A l'engagement avec Mattia Destro.

A l’engagement avec Mattia Destro.

Après une première alerte signée Doumbia (oui, l’ancien joueur de Kashiwa et de Tokushima), l’entame de match se fait tranquille (pour ne pas dire lente)…mais très vite un seul homme émerge des débats, par son implication, sa technique, sa vista, son leadership, son sens du jeu – qui plus est côté milanais. Cet homme, c’est…Keisuke Honda !

Keisuke aux avant-postes.

Keisuke aux avant-postes, marqué négligemment par Torosidis (sa « victime » favorite du jour).

Le meneur de jeu nippon est survolté : on le voit haranguer ses partenaires à chaque action, courser sur son côté droit en multipliant les gestes techniques, s’emparer de tous les coups de pied arrêtés, lancer les attaques dangereuses. C’est simple, il est le joueur qui en veut le plus sur la pelouse. Serait-il désinhibé par l’absence de Ménez ?

En train de mettre à profit ses talents de passeur.

En train de mettre à profit ses talents de passeur.

La preuve : idéalement servi, il s’illustre dès la 13e minute en obtenant un duel avec De Sanctis, mais sa puissante demi-volée dans la surface est finalement détournée par le gardien romain. Il n’était pas loin d’ouvrir la marque – et aussi son compteur personnel, toujours bloqué à 6 buts !

Énorme occasion pour Honda !

Le constat est sans appel : Keisuke est dans un grand soir. Et la suite de la rencontre ne fera que confirmer cette impression…Dans une « revanche » de la Coupe du monde 2014, l’international nippon met régulièrement à l’amende son homologue grec Vasílis Torosídis.

A la baguette pour un coup-franc.

A la baguette pour un coup-franc.

L’hilarante chute du poème de la Curva Sud : « Ding dong – Qui est-ce ? – Monsieur Galliani – Non merci, nous ne sommes pas intéressés par les bidons. »

Alors que les deux équipes se répondent du tac au tac en termes d’occasions (un poteau pour la Roma, tête à bout portant de Bonaventura repoussée), la lumière vient en fin de première période de Keisuke Honda : à la suite d’une récupération de Destro sur Pjanic près du rond central, le Japonais est lancé côté droit pour la contre-attaque, accélère jusqu’à l’entrée de la surface et sert à ras-terre Van Ginkel, qui s’était démarqué pour la conclusion. 1-0 pour le Milan !

Magnifique travail collectif pour l'ouverture du score.

Magnifique travail collectif pour l’ouverture du score.

La confiance reviendrait-elle enfin du côté du club lombard ? Personne ne semblait s’attendre à ce qu’il mène à la mi-temps face au dauphin de la Juventus. Simple coup de chance ? Au contraire, la seconde période viendra confirmer la belle prestation de l’équipe, et surtout celle de son leader en attaque…

Second round, reprise.

Reprise des débats.

…Car moins d’un quart d’heure après le début du second round, Keisuke Honda s’illustre une nouvelle fois : toujours sur son côté droit, il efface son vis-à-vis (Víctor Ibarbo) et adresse un centre cousu d’or à Mattia Destro (du pied droit !!), qui double la mise pour le Milan d’une tête à bout portant !

Le break de Mattia Destro, qui peut exulter…face à son ancien club. Il dédie le but à son grand-père, récemment décédé. Vidéo à regarder ici (avec le traditionnel « Jump » de Van Halen en fond sonore).

Deux passes décisives en une soirée, soit autant que depuis le début de la saison : c’est définitivement la nuit du numéro 10 des Rossoneri. Celui-ci cherche constamment à mettre ses coéquipiers dans les meilleures dispositions, quitte à risquer de perdre le ballon. La troisième passe décisive n’est d’ailleurs pas passée loin, quelques minutes seulement après le second but, à la suite d’une énième contre-attaque du Nippon qui a centré sans succès pour Poli dans la surface, avant que cela ne soit récupéré – et vendangé – par Bonaventura. Bref, Keisuke is on fire !

Pour l'anecdote, Keisuke continue de tirer des corners à la rémoise.

Pour l’anecdote, Keisuke continue de tirer des corners à la rémoise (qui n’aboutissent à pas grand chose).

Avec 2-0 au tableau d’affichage, un Honda des grands soirs, et un Diego López dans son match, on se dit que l’affaire est à peu près pliée pour le Milan à une demi-heure de la fin de la rencontre. Mais c’était sans compter l’entrée d’un joueur mythique du côté adversaire : Francesco Totti, l’ancien capitaine de la Roma, remplaçant un Pjanic complètement transparent.

Entrée en jeu de "Mister Roma" !

Entrée en jeu de « Mister Roma », sous les applaudissements du public de San Siro. Respect !

La différence se fait instantanément sentir, du moins tactiquement, puisque la Roma reprend la possession du ballon et le chemin du but. Trois minutes à peine après l’arrivée de Totti sur le terrain, Juan Iturbe est accroché en pleine course par De Jong dans la surface ; l’arbitre désigne immédiatement le point de pénalty…

Iturbe à terre et pénalty pour la Roma...

Iturbe à terre et pénalty pour la Roma…

...Qui d'autre que Totti pour l'exécuter ?

…Qui d’autre que Totti pour l’exécuter ?

...Celui-ci prend son élan...

…Celui-ci prend son élan…

...Et marque, évidemment !

…Et marque, évidemment, son huitième but en championnat (et le 299e dans sa carrière) !

En dépit d’un tir relativement raté, Totti réduit la marque pour son équipe et met le Milan sous une pression inutile à une vingtaine de minutes du terme du match. La suite sera une succession d’assauts adverses sur la cage de Diego López, que ce dernier parviendra à repousser tant bien que mal. La rencontre s’achèvera dans la confusion la plus totale par l’expulsion de Pippo Inzaghi pour « protestations arbitrales », mais avec la victoire du Milan à clé, le tout sous les applaudissements du public lombard. Le premier succès à domicile en plus de deux mois.

Le lendemain, la presse sportive encense l’homme du match (qui n’a pas pour autant la faveur des unes, Mattia Destro oblige) : Keisuke Honda, le joueur qui a touché le plus de ballons et qui a le plus tiré à la cage adverse ; à vrai dire, il ne manquait qu’un but pour couronner sa prestation. La Gazzetta dello Sport déclare que « Pippo a retrouvé l’Honda (la vague, jeu de mots typiquement italien) » et crédite le Japonais d’un 7, lui qui était habituellement abonné aux 4,5 et 5 avec la mention « pire joueur ». Selon Fabio Licari, la différence par rapport aux précédentes prestations des Rossoneri, cette fois-ci, est venue de lui : « il est parti sur son côté droit avec de la vitesse, des idées claires et un pied [gauche] affûté », pour « éviter la honte à ses coéquipiers » et le « suicide rituel qu’aurait impliqué en réaction le code de l’honneur japonais ». Giovan Battista Olivero : « Il est enfin sorti du tunnel (…) Le Milan volait sur le côté droit, là où il dansait (…) Honda a mis la pression sur l’adversaire et l’a fait avec courage (…), son apport est hautement positif », en concluant « si seulement les Milanais avaient toujours joué comme ça… »

Tuttosport se montre plus généreux en attribuant un 7,5 à Honda : « Il a suffi de quelques minutes pour voir qu’il était dans un grand soir. Il a joué avec une grande intelligence (…) Jusqu’à présent, on ne l’avait jamais vu comme ça. »

Enfin, le Corriere dello Sport : « Il était en état de grâce samedi soir. C’était une erreur de laisser Torosidis face à lui. Optimal et généreux, comme en début de saison. » C’est un 8.

Épilogue

Après cette belle prestation, Keisuke Honda a gardé la pleine assurance de son entraîneur en restant titulaire sur les trois derniers matches, qui se sont soldés par deux victoires et une défaite. Sans atteindre les sommets du match contre la Roma, Honda a terminé la saison à l’image de son équipe : honorablement (quoique encore agitée par des expulsions inutiles…), après une belle entrée en matière et un long passage à vide. Le Milan finira à la 10e place du classement, loin des sommets, comme prévu. Mais l’arrivée d’un nouvel investisseur, le broker thaïlandais Bee Taechaubol, chamboule les ambitions du club, jusque-là limité financièrement. En effet, cela s’est traduit par une palanquée d’arrivées de joueurs à vocation offensive à l’intersaison, ainsi que celle sur le banc du bouillonnant entraîneur serbe de la Sampdoria, Siniša Mihajlović, en lieu et place d’Inzaghi, remercié. Certes, Silvio Berlusconi a indiqué que Honda faisait plus que jamais du « projet milanais », en le qualifiant de « grand joueur » et de « grand homme. » Mais Keisuke réussira-t-il à s’imposer dans ce nouveau contexte ? Parviendra-t-il à conserver son numéro 10 ? Confirmera-t-il les espoirs entrevus cette année ? Vous le saurez en suivant la saison 3 de Keisuke Honda au Milan !

Keisuke Honda superstar ?

Keisuke Honda superstar ?

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